L'eau


L'eau c'est la vie. C'est banal, mais c'est vrai. Voyager sans eau n'est pas envisageable et en même temps... l'eau pèse lourd sur un vélo déjà bien chargé. Comment la transporter ? Où la trouver ? Où la stocker ? Quelles solutions en cas de manque ? Comment la gérer intelligemment dans son quotidien de cyclotouriste ?

Par expérience, nous savons que la place à attribuer à l'eau est capitale. Le périple de la Suisse à Poitiers sur plus de 600 kilomètres nous a même mis en difficulté en gravissant un col (non repéré sur la carte...) sans avoir les réserves d'eau nécessaire.

Nous voyageons de base avec deux gourdes remplies par vélos et deux ou trois autres gourdes remplies également stockées dans les sacoches. Cette base nous permet de parcourir notre étape du jour sans manquer à deux. Mais quand ce col à pointé le bout de son nez et que j'ai secoué ma dernière gourde de gauche à droite en entendant les dernières gouttes, j'ai compris qu'on allait morfler. Depuis, notre jerrican - que nous remplissons d'habitude en fin de journée - n'est jamais vide. Nous gardons toujours un fond d'eau supplémentaire.

L'eau, nous la transportons donc en gourdes et avec deux jerricans de 10 et 5 litres. Vous avez des modèles solides, des modèles pliables et dans toutes les qualités. Le nôtre est dur pour la simple est bonne raison qu'il a une place bien déterminé sur le vélo de Sou.

Grâce à la technologie Klickfix, nous avons pu bidouiller avec une planche un emplacement idéal quand il est rempli totalement et que nous partons en direction d'un campement sauvage.

La gestion est assez simple, les gourdes pour la journée, un fond d'eau dans le jerrican. Quand vient l'heure de camper à la one again (expression s'il en est), nous voilà au taquet sur les derniers kilomètres pour remplir le précieux jerrican.

Au plus simple, quand il y a des maisons, rares sont les habitants qui ne vous dépanneront pas. Vous avez aussi les bars, les toilettes des commerces ouverts, les fontaines publiques (trop rares ou bien cachées... et il faut que ça fonctionne).
Nous avons personnellement expérimenté un peu de tout en ayant un attrait tout particulier (mais très sain rassurez-vous) pour les cimetières. Même s'il vous faudra chercher le robinet de vos rêves dans une ambiance glauque (selon les villes), il est certain que de l'eau s'y trouvera. Pour plus de discrétion, j'enlève mes habits fluo et j'y vais seule. Les gens sont souvent dans leurs pensées et vous remarquent à peine. Les cimetières ont la particularité en France d'être ouvert régulièrement (mais pas hyper tard) et surtout d'être sur la route principale de votre prochaine étape en sortie de village près des poubelles... l'occasion idéale de vider les siennes. Pas de détour donc !

Il existe aussi des sites ou des applications qui vous dépanneront (très) largement pour trouver une source d'eau... Consultez nos liens et applications utiles !


Il arrive parfois que ce soit la grosse galère... pas une maison à l'horizon, plus de réserve, le soleil qui tape, une envie irrépressible de boire... ou le tout en même temps ! Au cas où, quelques techniques bien connues existent et sont salvatrices. Selon votre situation, l'une de ces options pourra assurément vous sauver la mise.

1ère option : Des maisons donc de l'eau potentielle mais personne. Si vous toquez en vain chez l'habitant sans résultat et que dans le village perdu que vous traversez ne subsiste que deux ou trois maisons totalement vides... invitez-vous. C'est culotté mais ça marche, en campagne, dans les jardins ou près d'un mur, il y a sûrement un vieux robinet qui traîne où l'eau y est potable. A deux, faites faire le gué à votre ami et ayez dans l'idée une excuse idéale pour vous trouver sur un secteur privé. Quand on est femme on a déjà potentiellement quelques arguments de poids... pour éviter l'engueulade d'un ronchon octogénère.
Je précise que Sou ne partage pas cette option au prétexte que c'est du vol. Je suis pour le vol salvateur, discret et non-abusif si personne ne peut vous aider et que vous êtes clairement dans l'impossibilité de résoudre un problème momentané (surtout lié à la santé).

2ème option : Pas de robinet à l'horizon mais un jardin où trône un bac pour l'eau de pluie. Ou mieux : une source qui passe dans les coins, une rivière, bref... vous avez mis la main sur de l'eau en mouvement ou stagnante mais... non potable en l'état.

Pas de panique, de petits outils existent pour vous sortir de ce merdier. Frustrant de tomber sur une source d'eau sans pouvoir la consommer. Pour rendre de l'eau potable et sûre, il faut la filtrer ET éliminer les bactéries et autres germes suspects qu'un filtre ne pourra pas retenir.

Pour filtrer, vous avez par exemple le katadyn pocket. Produit phare depuis des lustres et capable de filtrer 50.000 litres d'eau avant changement de son filtre. Encore un peu coûteux (300 euros), il peut être l'allié idéal et est garanti 20 ans selon son fabricant suisse. Son filtre peut éliminer protozoaires et bactéries entre autres mais pas les virus comme le précise le site officiel. Renseignez-vous selon le produit de votre choix.

Pour éliminer l'ensemble des bactéries et virus, une fois votre eau "propre" et filtrée, des outils (des purificateurs en fait) ont vu le jour comme le Steripen. Ce dernier via des rayons UV plongés dans l'eau va en quelques secondes tuer les méchantes bêtes. Sinon si vous avez 6 heures devant vous et qu'il fait plein soleil, laissez-y votre bouteille d'eau, ça revient au même en plus long ^^ Le Steripen coûte à partir de 50 euros, fonctionne à piles ou usb et peut réaliser quelques milliers de traitements selon le modèle selectionné. 
Sinon, moins cher mais plus chimique, vous pouvez acheter en pharmacie quelques tablettes dérivées du chlore qui permettent d'obtenir une eau exempte de tout microbe (suivez la posologie pour le temps nécessaire, généralement de 30 minutes à plusieurs heures). Si votre source d'eau est très claire, les procédés chimique ou à UV comme le steripen suffisent à votre confort sans filtration absolue. Les seules différences notables que vous relèverez seront les temps de traitement : les pastilles chimiques sont assez lentes comparativement à la quarantaine de secondes de Steripen. D'autres part, avec un produit comme Steripen, vous n'aurez pas en bouche ce goût de chlore, vous garderez le goût de la source où vous l'avez pioché. A vous de voir donc... le goût de la tanche ou de la truite n'est peut-être pas meilleur que celui de la piscine municipale.
Evidemment, les deux marques que nous avons cité peuvent se substituer à beaucoup d'autres. Nous les notons car nous les trouvons remarquables et réfléchissons à nous en équiper.

Ci-dessous un shéma rapide qui vous synthétise ce que nous venons de développer.

3ème option : Vous avez trouvé une source mais vous ne disposez d'aucun outil moderne pour filtrer et purifier votre eau. Vous n'avez pas de bol mais c'est encore rattrapable...
Pour filtrer, vous pouvez avec des éléments trouvables en chemin vous fabriquer votre filtre. Il vous faudra :

- une bouteille plastique de 1.5l vide
- un morceau de tissu
- un peu de sable
- un peu de charbon (excellent agent filtrant)
- un peu de graviers ou petits cailloux
- quelques morceaux de roches

Coupez votre bouteille de façon à garder un bon entonnoir à introduire dans le reste de la bouteille coupée. Mettez alors les éléments précités dans l'ordre annoncé :

Cela est tout à fait réalisable si un élément vous manque. Le tissu, le charbon étant quand même assez importants. Faites l'expérience avec une eau bien marron et observez son devenir après avoir circulé dans ce filtre artisanal...
Ne perdez pas de vue que ce filtre sommaire ne retirera peut-être pas toutes les particules, et surtout, des virus peuvent être toujours présents dans l'eau que vous venez de filtrer.
Pour éliminer ces virus potentiels, un moyen simple si pas d'outil : faites bouillir l'eau. 5 minutes suffiront amplement à buter la totalité de la famille... En revanche, l'eau bouillie a un goût plutôt abject une fois refroidie. N'hésitez pas à la transférer d'un récipent à un autre plusieurs fois pour lui redonner de l'oxygène et la rendre moins fade. C'est ce que nous faisons en tout cas.
Si vous ne possédez ni récipient ni réchaud (pour le feu), employez des méthodes de survie classique... bloc de magnésium et couteau pour le feu ; un récipient sommaire crée à partir d'écorce de bouleau par exemple à poser sur votre feu. L'écorce de cet arbre ne brûlera pas tant que de l'eau sera présente.


4ème option : Vous n'avez trouvé aucune source ? Vous êtes parfaitement incapable de la rendre potable au minimum ? Vous cumulez putain...
En cas d'absence total d'eau, vous ne pourrez compter que sur la rosée du matin. Pour la prélever : tendre plusieurs ficelles, une bâche ou autre vêtement imperméable qui facilitera le dépôt des gouttes sans les absorber. Ces solutions peuvent vous aider si vous faites preuve d'inventivité pour collecter ces précieuses goutelettes. Selon l'hygrométrie dans l'air, vous pouvez capturer de bonnes quantités.

Solution ultime : ... votre urine. Conseillé par certains, à éviter à tout prix pour d'autres du fait des toxines. Peu attractive certes mais de nombreux survivants ont dû en passer par là pour s'hydrater au minimum. Pensez que c'est la vôtre ça vous consolera déjà un peu. Ces situations restent extrêmes. Sachez que l'urine contient bien sûr de l'eau mais aussi un déchet : l'urée. En enquêtant un peu sur le sujet j'ai découvert l'amaroli (l'urinothérapie en gros). Cette technique occidentale consiste à consommer son urine (en la buvant ou en l'utilisant sur son corps) pour ses vertues supposées. La majorité des médecins ne préconisent pas cela mais soulignent bien qu'à défaut de grive, on mange des merles. A bon entendeur !

Si vous en avez manqué un jour, la leçon vous servira. L'eau ne sert pas qu'à boire mais peut aussi permettre de se laver et de cuisiner. Elle est donc un essentiel plus qu'essentiel. Ne la polluez pas bêtement avec des déchets, des plastiques ou des produits chimiques.


Les conseils de la Team :

  • Si vous pouvez vous le permettre, offrez-vous un stage ou un week-end dit "de survie" où l'on vous montrera comment survivre (faire du feu, trouver de l'eau etc...). Pour le fun, pour apprendre, ça peut peut-être vous amuser.

  • Mettez un point d'honneur à respecter les ressources d'eau, elles sont essentielles à toute vie qui occupe la Terre.

  • Préférez prélever de l'eau en mouvement car l'eau stagnante aide le développement des microbes. Si vous n'avez qu'une source stagnante face à vous, tâchez de prélever en surface.

  • Si cette lecture vous semble complexe et que vous avez lu déjà tout et son contraire sur la façon de rendre l'eau potable, une seule solution : Cherchez les étapes classiques qui sont réalisées et qui font que, quand vous ouvrez votre robinet chez vous, ô miracle : l'eau coule de façon potable. Vous verrez, ces étapes sont celles expliquées dans cet article à échelle évidemment quasi-industrielle et avec des procédés plus pointus.

    C'est ainsi que vous découvrirez que les villes utilisent en général une dernière étape dont nous ne parlons pas ici car il n'y a pas à ma connaissance d'outil sûr pour le faire. Cette étape comporte un procédé d'absorbtion sur charbon actif et permet de faire face aux eaux de plus en plus polluées (hydrocarbures, pesticides, nitrates etc.).
    Rendez-vous sur le site du CNRS pour en savoir plus.
    Gardez donc à l'esprit que la filtration et la purification (quelques en soient les méthodes) ne vous débarasse pas des produits chimiques toxiques et polluants. Vous devez puiser dans une source que vous pensez fiable...


NB : Si vous êtes manouche (voyageur comme on dit), vous avez probablement dû trouver cet article inutile. Faîtes comme à votre habitude : raccordez-vous à une borne incendie. Gaspillez l'eau aux frais des contribuables de la ville où vous êtes et n'ayez crainte, le maire s'en accomodera ! Quand on peut aider... J'sais pas chez vous mais dans le 86 on a le coeur sur la main.

"Par la soif, on apprend l'eau." (Emily Dickinson)