Genève - Cuhon 

Septembre 2014


Périple sur 11 jours / 623 kms


C'est pour lui que ce site a été crée car c'était le premier périple en France.
Ce récit est constitué comme un carnet de note avec en bas de page : les + et les - ainsi qu'une galerie de photos.

30.08.14 
Levage du plumard et excitation maximum à 5h00. Check du matériel la veille au soir car vu le barda, il était bien utile de le faire en amont. C'est une amie qui nous avait conduit en gare car l'idée vous l'aviez compris était de faire le voyage retour et non pas l'aller pour s'éviter les galères SNCF qui nous pendaient au nez. Nous n'avons pas été déçues...
L'amie en question n'ayant pas pu attendre le train avec nous (25 minutes de retard pour une "malveillance sur les rails", nous n'en saurons pas plus ni même si l'information est réelle), il a fallu s'occuper seule des deux vélos, de la remorque et du chien (le susdit Ficelle) ; autant dire qu'il est compliqué d'avoir un oeil partout. Des passants nous avaient précédemment aidés à descendre les escaliers car l'ascenseur était trop petit pour y loger ne serait-ce que la remorque... joie et bonheur dans les coeurs. Qu'on se le tienne pour dit : un voyageur qui a grassement payé un billet, qui est pressé d'arriver alors qu'il n'est pas encore parti et qui veut vite s'asseoir pour lire un bouquin à la con ou taper sur sa tablette peut être très TRÈS désagréable. Ainsi, nous n'avons pas eu le temps de placer nos vélos dans le compartiment soit disant adapté (vous verrez les photos commentées dans la galerie c'est à mourir de rire), nous avons été bloquées entre les deux wagons et du coup, la colère des voyageurs n'a fait que s'accroître puisqu'ils devaient tout enjamber pour aller aux toilettes. S'ils nous avaient laissé nous installer tranquillement et défaire nos bagages des vélos, il n'y aurait pas eu ce bordel, vous constaterez à mon visage que c'était donc le moment le moins propice aux chatouilles et autres plaisanteries. Je n'attendais qu'une chose : que les contrôleurs arrivent. J'étais à point, bien agacée, irritée de ces compartiments minables qu'on a pour habitude de réserver au bétail et où l'on a même pas eu le temps de s'installer ! Sans compter le silence de la SNCF sur les remorques. Comment sont-elles considérées ? Où les entreposer ? Comment expliquer cette politique absente pour les vélos à l'heure où chacun se revendique de l'écologie et encourage la prise des trains, des vélos et des brouettes? Hélas, deux agents forts sympathiques ont débarqués et ont compris notre posture inconfortable. Nous avons discuté avec cette femme qui exerçait les contrôles, qui semblait elle aussi ne pas comprendre sa hiérarchie. De nombreux PV ont été alignés dans le wagon où nous aurions dû être et notamment à celui qui était si pressé au départ... Pressé mais pas en règle, quel dommage d'ouvrir sa gueule et d'être puni quelques instants après par le petit Jésus ! Hihihi. (On s'emballe pas les cul-bénis, c'est une expression).

Bref, Après une heure et demie de voyage debout, sans le sourire et avec quasiment autant d'emmerdes pour redescendre ; il a fallu rejoindre la Gare de Lyon puisque nous étions arrivées à Montparnasse. Trajet que nous avons décidé de faire à pied au départ pour s'éviter la circulation, puis que nous avons fini à vélo sur les couloirs de bus malgré les 1h45 de battement dont nous disposions. Le Lyria (car c'est un Lyria pour la Suisse), était déjà à quai bien avant son départ, ce qui nous a permis une installation plus correcte. Autre bonne nouvelle : personne dans le wagon à part un homme noir, un peu mystique, visiblement contrôleur sur cette ligne mais pas en service à ce moment-là. Entre ses récits de prison, de femmes, et de brousse (ne voyez ici aucun propos raciste, il nous narrait bien la brousse durant une dizaine de minutes), nous avons mangé et pris un peu de repos. Je tiens à saluer la sagesse de Ficelle pourtant brassé de gauche à droite. Je tiens aussi à saluer (une fois n'est pas coutume) la SNCF pour la sagesse de ses prix qu'elle décuple. Mais disons le franchement, un café à quatre euros a nettement plus de goût. Deux cafés, un coca, deux paninis (qu'on trouve en commerce et réchauffé au micro-onde) : 24 euros. J'ai tenté en vain de cacher le ticket au service comptabilité. Je suis passée à deux doigts du licenciement...
Nous retiendrons aussi la gaffe à Sou (la comptable donc) qui a pressé la détente du Airzound en plein chargement au détriment des voyageurs qui ont pris 115 décibels dans les oreilles... 
Arrivées en Suisse, quelques photos de paysages et en route pour Archamps peu après la frontière Suisse pour trouver l'hôtel que nous avions payé d'avance. Malgré la fatigue et des indications pas toujours évidentes des riverains et des panneaux, hors de question pour la comptable Sou de renoncer à sa nuit pré-payée. Les kilomètres qui séparent la gare de Genève de cet hôtel Ibis français (que nous vous recommandons par ailleurs) ont semblé plutôt long. Nous n'avons pas emprunté le chemin que nous avions pré-établi via Google, nous avons tout fait à la débrouille, en interrogeant les badauds, en se fiant quelques fois à nos instincts respectifs. 


Total kms du jour : 11.450
Parcours : Gare Genève - Archamps ZI (Hôtel Ibis)
Incidents/difficultés : Itinéraire


31.08.14 
Nuit reposante mais courte, nous voilà pour de bon parti pour l'aventure car nous ne sommes pas prête de retrouver le confort d'un lit et la douce chaleur d'une douche qui coule à flot. Ficelle, lardon en chef et truffe au vent, paraît assez gaillard pour tenir le périple. Départ aux alentours de 10h00 (!!), plus tardivement que prévu car on imagine avoir toujours le temps de charger les affaires et en fin de compte... non. Ce retard a été rattrapé grâce à un pédalage efficace.

Nous avons pris de belles photos, pris le temps de quelques pauses (à Valleiry notamment) et j'ai volé quelques pommes de Savoie pour nous constituer des vivres d'avance. Cinq pommes qui ne manqueront je suppose à personne. 
Une première journée de pédalage sans encombre, sous le soleil et dans la bonne humeur. Campement installé derrière des buissons au bord de la route à 500 mètres de Châtillon en Michaille vers 17h00. Organisation un peu chaotique mais force est de constater qu'à deux tout va plus vite.


Total kms du jour : 44 (moyenne : 9.94 km/h) en 4h25
Parcours : Archamps (74) - Châtillon en Michaille (01)
Incidents/difficultés : Néant


01.09.14
Nouveau départ vers 09h15 après un sommeil assez instable mais toujours l'envie d'avancer, d'être ensemble et de pédaler ! Ficelle graillait toujours de bon coeur ce qui est bon signe. Lors de cette étape, nous avons vu de très beaux paysages comme à Nantua par exemple où je me suis vaguement lâché sur une automobiliste trop impatiente. De belles descentes dangereuses (de 10 à 15 %) nous ont fait gagner de précieux kilomètres mais nous avons aussi perdu de longues heures dans des côtes improbables... difficile de créer une balance parfaite qui puisse nous permettre de mener à bien nos étapes. Nous pensions que le plus dur serait en Savoie car la région est montagneuse. Mais ici, nous étions dans l'Ain et ce que nous lisions nous faisait sourire au départ : "Col ouvert". Sou, toujours joyeuse et enthousiaste comme une enfant à la veille de Noël : "Ah bah c'est bon c'est ouvert !". Oui... c'est ouvert. Mais c'est un col. Ce n'est qu'une fois franchi que nous avons appris son nom : le col du Berthiand. 780 mètres d'altitude, l'un des passages du Tour de France 2002... Je préfère vous dire que nous avons plus marché que rouler. Impossible de reprendre de l'élan avec une montée aussi coriace et difficile pour Sou d'élancer le vélo avec la remorque, même en marchant. Sous un soleil de plomb, l'eau avait fini par nous manquer. Plus une goutte dans nos gourdes et à chaque virage, un horizon toujours aussi lointain. Cette journée fut la plus dure physiquement et elle nous démoralisa une bonne partie de la soirée en pensant à de futures étapes similaires. Nous étions certes un peu entraînées mais pas pour monter des cols aussi difficiles et surtout aussi longs... En vélo simple, peut-être que ce passage aurait été envisageable mais chargé comme nous l'étions, nous le déconseillons... Une mauvaise étude de la carte que nous avons payé chèrement donc. Et alors que nous pensions à nous suicider avec nos antivols, le miracle s'accompli : une descente. Une descente, mais pas que ! Elle menait droit dans la ville d'arrivée que nous nous étions fixé. Nous passons la pancarte d'agglomération à toute allure ! 
Sans eau mais avec beaucoup de fatigue, Sou s'est lancé à l'assaut d'une maison pour réclamer de l'eau avec son jerrican à la main. Elle était entré et j'attendais patiemment sa sortie. C'est-à-dire que Sou, elle pourrait avoir un serial killer face à elle (le genre qui a des photos de femmes ensanglantées accrochés dans son salon), elle ne se formaliserait pas. J'en rajoute mais disons qu'elle n'est pas méfiante... Elle est apparu peu après avec le jerrican plein d'eau. Nous avons discuté longuement avec le tenancier de cette baraque apparemment bordélique (car Sou n'a rien trouvé de mieux à faire que de critiquer son intérieur en revenant avec son bidon). Un type charmant au rire absolument diabolique. Il nous avait confié que les prochains mètres seraient un peu en montée et que nous pouvions - selon nos souhaits - poser notre tente dans son jardin. Son jardin dont les herbes faisaient environ 70 centimètres mais au diable les tiques et vive le repos, nous avons cédé et l'avons remercié de ce dépannage.

Le campement s'était organisé plus facilement, comme si une fois avait suffit à nous faire comprendre nos erreurs précédentes.

Total kms du jour : 46.730 (moyenne : 9.23 km/h) en 5h03
Parcours : Chatillon en michaille (01) - Hautecourt Romanèche (01)
Incidents/difficultés : Col très épuisant / eau manquante / descentes accidentogènes et virages dangereux


02.09.14
Réveil à 6h00 ! La nuit était plutôt froide dans la brousse du type diabolique de la veille. Nous n'avions toujours pas pris l'initiative de coller les draps de sac dans le sac de couchage et avions décidé de les mettre le soir même pour voir si nous pouvions gagner quelques degrés. 
Les dix premiers kilomètres ont été rudes (nous avons d'ailleurs croisé en chemin notre hôte de la veille), le temps de réchauffer les muscles et de se remettre bien dans l'effort car la route était loin d'être plate jusqu'à Ceyzériat. Puis, sans explication, le tapis était devenu plus accessible et nous nous sommes envolées jusqu'à Bourg-en-Bresse (BourK comme ils disent) que nous avons contourné. Une petite pause vers Polliat avait permis à Sou de tester la qualité de son Goal 0 en rechargeant quelques appareils. De nouvelles difficultés sont apparues pour parvenir à Mâcon mais rien d'aussi rude que le col du Berthiand qui nous avait formé à pouvoir gravir désormais beaucoup d'obstacles sans avoir l'impression de forcer véritablement. Les quais qui longent la Saône à Macon ont été très agréables à traverser et les pancartes claires nous orientaient facilement.

Nous avons poursuivi notre route jusqu'à Charnay-lès-mâcons, ce qui n'était pas la ville de destination. Difficile de crécher à Mâcon même, en pleine ville. C'est pourquoi nous avions pris la décision commune de poursuivre, nos jambes suivaient bien et on prendrait ainsi un peu d'avance dans le cas de difficultés à venir. C'est vrai quoi... ça faisait quatre jours qu'on pédalait, j'avais le cul irrité comme un singe, on s'était tapé un col pas prévu au programme et on ne savait pas si le tapis serait aussi bien le lendemain alors si on avait encore la moelle pour quelques kilomètres, autant y aller gaiment. Une petite crème avait rapidement soulagé mon derrière. Cette selle est d'un confort sans nom mais l'accumulation des kilomètres y a fait quand même. Sou m'a rappellé que nous entamions le budget avec cette crème à huit euros... elle rigolait elle rigolait mais bon... c'est quand même huit euros !

Grosse journée et idée lumineuse de s'abandonner dans un champ broussailleux qui nous cachait d'une route. Une fois le camp installé, Sou à poil dans la tente de douche Queshua chantonnait sa musique préférée quand soudain a débarqué dans le champ une voiture blanche avec un vieux à bord que j'avais supposé être le propriétaire de cet endroit à l'allure abandonné. Bonne réponse... Après quelques négociations, une sortie de crise s'était amorcée pour permettre à Sou de rester nue sous sa douche et surtout pour nous permettre de passer la nuit ici. Les vieux ça ne voit rien et ça n'entend plus mais quand ça les arrange, les facultés reviennent avec une facilité déconcertante.

Total kms du jour : 62.920 (moyenne : 11.64 km/h) en 5h24
Parcours : Hautecourt Romanèche (01) - Charnay-lès-mâcon (71)
Incidents/difficultés : un vieux con qui a cru que son champ-forêt était un 5 étoiles méritant une réservation par avance


03.09.14
La nuit avait été assez bonne malgré la crainte que le vieux fou revienne nous égorger dans notre sommeil. Les draps de sacs ont permis le gain de quelques degrés de chaleur, il était temps de penser à les mettre. Remballage rapide et en route vers Cluny ! Route difficile pour atteindre cette ville grâce à Sou et sa bonne idée d'emprunter la voie verte Mâcon-Cluny. Comme chacun sait, les voies vertes sont tout sauf entretenues et en cyclotourisme, on perd un temps fou à se faire bassaquer. Seule découverte distrayante de ce chemin maudit, un tunnel à vélo ! Le tunnel du bois clair. Paraît que le poète Lamartine y a laissé de nombreux souvenir... Ouais, je sais on s'en bat les reins. Bon bref, Sou avait fait ses petites photos mais il lui a fallu de nombreuses pauses. Peu en forme cette journée là, quelques vivres avaient permis de la faire avancer telle une mule avec la carotte. Après avoir subi l'attaque d'une ronce en allant aux toilettes, la Team était arrivé à Cluny vers 12h00 ou quelques courses ont du être faite. On ne pensait pas que "Atac" existait encore ! Un bon "vieux pané" avait remonté le moral des troupes... malgré le fait que nous ne respections plus l'itinéraire prévu.

Les difficultés ont été nombreuses de Cluny à la ville du prochain sommeil à hauteur de Joncy aux abords de la départementale 980. Un pré avait servi de dortoir près d'un ruisseau et d'un cheval dans le champ voisin. Cheval que j'avais pris pour un ennemi dans la nuit en sortant bombe lacrymo au poing après des pas que nous avions pris pour ceux d'une personne ordinaire mal intentionnée. 

Sou était très déçu du faible kilométrage dû aux difficultés de la route.

Total kms du jour : 45 (moyenne : 9.91 km/h) en 4h32
Parcours : Charnay-lès-mâcons (71) - Joncy (71)
Incidents/difficultés : route difficile et fatigue globale


04.09.14
La nuit avait été rude pour moi mais plutôt bonne pour Sou. La fatigue se faisait sentir et replier le campement comme chaque matin devenait presque lassant mais pas le choix... Direction Gueugnon, une ville complètement morte où Sou rêvait de manger une glace. Nous étions en septembre mais les jours étaient très ensoleillés. La ville morte n'avait offert aucune glace à la petite capricieuse mais la motivation était toujours là pour avancer au maximum.

La route n'était pas très difficile et nous avançions rapidement vers Neuvy Grandchamps. Nous avons atterri là par hasard après avoir cherché bien en amont de quoi dormir. Tous les champs étaient à découvert ou complètement clos, on ne trouvait aucun endroit où se poser. Après avoir arrêté un tracteur qui passait par là, le jeune paysan qui le conduisait nous avait indiqué son champ et nous avait autoriser à y dormir. Il nous avait klaxonné le soir en passant pour nous saluer mais nous étions déjà bien au chaud ^^ Ficelle avait répliqué d'un petit aboiement avant de ronfler. Il faut dire que cet imbécile avait fait une tentative de suicide par pendaison en sautant de son panier. Le malin avait cru bon de sauter pour agresser des chiens qui gueulaient comme des sourds derrière un portail. 

Le moral était assez entamé ce jour là mais l'envie persistait et ce champ qui nous permettait une nuit "légale" et sans embrouille nous apaisait.

Total kms du jour : 55.710 (moyenne : 10.98 km/h) en 5h04
Parcours : Joncy (71) - Neuvy-Grandchamps (71)
Incidents/difficultés : fatigue / pendaison de Ficelle/ grosse difficultés à trouver un endroit de repos


05.09.14
Petite discussion à la fraîche avec Xavier, le nom de l'hôte qui nous avait prêté son champ la veille. Un homme fort sympathique qui nous avait invité à revenir si on repassait un jour dans le coin. Impressionné par notre parcours, nous étions reparti après les remerciements d'usage et après avoir remis convenablement sa clôture en place. Départ vers 9h20 et nous avons mis moins d'une heure pour atteindre Bourbon-Lancy, ville charmante. Peu de temps pour visiter...
En chemin pour Moulin nous avons rencontré un bruxellois qui semblait voyager plus légèrement que nous et qui nous avait dépassé aisément en pleine côte. Nous l'avons rejoint dans un renfoncement où il s'était arrêté. Le type me paraissait sensiblement louche (mi-chaolin, mi-Zorino ; comprendra qui pourra) mais Sou n'avait pas l'air mal à l'aise. Nous l'avons laissé prendre une photo de nous et Ficelle et sommes reparti sans attendre. Nous sommes arrivés à Moulins vers 13h30 après quelques courses dans un Dia où nous avons acheté des bananes. Nous avons pris le temps d'une pause bien méritée dans cette ville aux allures bourgeoises. Les consommations étaient chères dans ce bar près de la gare, la comptable s'est demandé quel était le coût de la vie ici. 

L'idée a été de poursuivre autant que possible après cette pause. Nous avons explosé le reccord car la route était très bonne, sans difficulté importante et assez plate. Nous avons pu atteindre la belle ville de Bourbon l'Archambault où nous avons décidé d'un commun accord de s'offrir enfin une nuit d'hôtel. Nous avons sélectionné l'hôtel des thermes (**) où nous avons eu une suite pour le prix d'une chambre (ne me demandez pas pourquoi). Nous avons dîné là-bas après une visite d'une espèce de forteresse sans intérêt que Sou m'a forcé à gravir (comme si on avait pas assez fait d'effort...). Un bon décrassage, des draps propres et de la chaleur ont ravivés nos coeurs et corps fatigués.

Total kms du jour : 77.800 (moyenne : 14 km/h) en 5h33
Parcours : Neuvy-Grandchamps (71) - Bourbon l'Archambault (03)
Incidents/difficulté : fatigue générale


06.09.14
Après un petit-déjeuner peu fourni, un debrief dans la chambre avait permis de réunir les vivres volés : échantillons de confiture, beurre, pain, petits gâteaux... Ouais je sais c'est mal mais sur la route on ne peut rien conserver au frais donc les choses en petit format prennent soudain beaucoup de valeur. La pêche était plutôt bonne, le ravitaillement secret a été rapidement camouflé dans les sacs. Ravitaillement qui nous permettrait de bien pédaler aujourd'hui.
Nous avons traversé sans l'avoir anticipé une ville nommée Vesdun qui se trouve être - d'après ce que nous y trouvons - le centre géographique de la France. Comme dirait Sou : "Aaaah c'est fou ça, c'est le centre, centre ! C'est vraiment le centre quoi !". 

Nous avons décidé de nous arrêter à Culan dans un camping qui nous paraissait plus judicieux que les routes alentours. Un camping désert, tellement désert que personne n'était à l'accueil. Un autre pensionnaire avait téléphoné au numéro indiqué sur une affichette qui avait préconisé de régler le prix de la nuit en liquide dans la boîte aux lettres. Je vous laisse deviner ce que Sou avait laissé à notre départ... 

Total kms du jour : 69.660 (!) (moyenne : 12.48 km/h) en 5h34
Parcours : Bourbon l'Archambault (03) - Culan (18)
Incidents/difficulté : Néant


07.09.14
Sou en avait ras-le-bol ce jour là, un peu déprimée, une envie de rentrer plus tôt que prévue. Le poids de la remorque devenait difficile sur la durée et je salue encore la force de ses cuisseaux entraînés.

Malgré les arrêts nombreux et la route lancinante, nous ne perdions pas de vu qu'il fallait avancer. Nous avions décidé de nous réfugier dans le camping d'Argenton sur Creuse pour planter notre tente le soir. Camping ** qui ne semblait pas au niveau mais nous étions à 100 kilomètres de Poitiers, l'arrivée était proche et lointaine à la fois. Nous avions hâte de rentrer chez nous car en plus de la fatigue, nous avions laissé une maison que nous venions juste d'acquérir où tout restait à ranger. Lexa, la soeur de Ficelle, me manquait beaucoup mais pas à Sou qui ne pouvait en saquer aucun des deux. 

Une douche chaude avait pu nous revigorer un peu, puis j'étais allé chercher notre repas à la "Dolce Vita", une pizzéria non loin du camping. Puis... gros dodo... Nous avions comme pensée que les campings termineraient finalement notre périple car la belle étoile était de plus en plus complexe à trouver et la force nous manquait pour grimper tout le matériel derrière des collines.

Total kms du jour : 74.01 (moyenne : 15.45 km/h) en 4h47
Parcours : Culan (18) - Argenton sur Creuse (36)
Incidents/difficulté : fatigue morale


08.09.14
Nous avions bien dormi mais encaissions difficilement la fatigue. Pourtant ce matin là comme chaque matin, nous avons rangé méthodiquement nos affaires pour que tout puisse loger et que rien ne déséquilibre nos chargements respectifs. J'avais constaté que la planche calé au fond de la remorque de Sou faisait "le ventre". Nous nous demandions alors combien de kilos elle supportait... La charge utile est de 45 kgs mais nous nous étions mis en tête de peser son contenu à notre retour. Avions nous mal gérer le poids global?
Direction Le Blanc où nous avons fait quelques courses ainsi que la pause déjeuner. Nous étions obligées de nous ravitailler souvent afin de limiter le poids du stockage et de pouvoir s'offrir des choses plus fraîches. 

Bien décidé à ce que cette étape soit l'avant dernière, nous avons pédalé sans relâche pour atteindre la Roche-Posay où je sais qu'il demeurait des campings car cette ville est assez touristique. Nous avons atteint notre objectif mais avons beaucoup peiné car les derniers mètres menant au camping Renoir * étaient une horrible côte.

Total kms du jour : 73.780 (moyenne : 13.73 km/h) en 5h22
Parcours : Argenton sur Creuse (36) - La Roche-Posay (86)
Incidents/difficulté : fatigue physique


09.09.14
Dernière étape si tout se passait bien. Nous avions conscience que plus de 60 kilomètres nous séparaient encore de chez nous mais nous étions motivées et n'imaginions pas abdiquer et dormir à 20 kilomètres de notre lit si douillet. 
Cette étape avait certainement été la plus difficile après le col du Berthiand. La fatigue accumulée, les diverses côtes... à peine le temps de se reposer d'une descente qu'une autre côte refaisait surface et cela de façon répétitive. Nous savions que les derniers kilomètres sont souvent durs dû à l'impatience d'arriver enfin, de se dire qu'on l'a fait, que la mission est accomplie et que personne n'est venu nous chercher en chemin. 
Nous avons pris d'ailleurs peu de photos lors des dernières étapes, trop fatiguées de s'arrêter puis de devoir se relancer. Puis, le 86, on connaît assez pour se passer de photos souvenirs il faut le dire aussi.
Les dix derniers kilomètres avaient été un calvaire avec une route montante qui n'en finissait pas et qui avait fait péter un câble à sou qui était à bout de nerf. La tension n'avait jamais réellement existé entre nous durant tout le périple mais ce dernier jour semblait difficile pour elle et l'encourager avec ce qu'elle tractait s'apparentait à du foutage de gueule car je n'avais que Ficelle et quelques bagages de mon côté... Ses élans de colère exigeaient une pesée de sa remorque dès notre retour. Comme je m'étais occupé plus ou moins du chargement, je me demandais quelle sentence m'attendait si le poids dépassait la charge utile de 45 kgs car à l'origine, on ne devait même pas atteindre la charge utile. J'avais pris sa remorque sur quelques centaines de mètres pour la soulager... je n'avais pas pu fournir l'effort adéquat.
Nous sommes arrivé à 17h28 à la maison... nous nous étions écroulé sur le banc de jardin et Ficelle avait retrouvé son olivier préféré pour l'arroser comme au bon vieux temps. Un café me faisait saliver avant quelques photos souvenirs de notre arrivée, de notre bronzage et de nos mines réjouies.

Total kms du jour : 62.650 (moyenne : 12.91 km/h) en 4h51
Parcours : La Roche-Posay (86) - Cuhon (86)
Incidents/difficultés : Grosse fatigue, routes épuisantes et interminables

À compter d'Archamps au départ de l'hôtel :
TOTAL KMS : 623.710
MOYENNE GLOBALE DE PÉDALAGE : 12.26 km/h
TEMPS TOTAL DE PÉDALAGE : 46 heures et 3 minutes


Les + de ce périple

Un bilan que nous jugeons satisfaisant puisqu'il a été accompli sans encombre, sans crever une seule fois, sans aucun soucis matériel (nous reviendrons sur ce point crucial). 
Nous retenons que malgré des départementales parfois dangereuses que nous devions prendre pour regagner du temps ou par confort, les véhicules sauf quelques cas à part ont été assez corrects dans l'ensemble et notamment les poids lourds pour qui je sais combien il est pénible d'anticiper pour doubler car la sécurité exige souvent l'assaut inévitable des deux voies. Je note également qu'en Suisse où nous sommes restés hélas peu de temps, les automobilistes laissent la priorité aux vélos et aux piétons sans exception aucune. La courtoisie est très rigoureuse et les petits bonhommes rouge ou vert que vous avez près des feux tricolores en France n'existent pas là-bas. Comme quoi c'est faisable.
Nous notons aussi des paysages assez beaux dans les régions traversés. Le mois de septembre nous apportant encore beaucoup de soleil et de chaleur, nous avons pu sans problème rouler en t-shirt et cheveux au vent. Cette météo clémente a contribué pour beaucoup sur le moral général car chacun sait que la pluie peut miner des troupes déjà abattues. 
Aussi, à titre personnel, je trouve que Ficelle a été très calme et très serin ; complètement en confiance ce qui facilitait les déplacements, les attentes et autres divers et variés. 
Sou a été bien brave dans son pédalage car la remorque était véritablement très lourde (nous allons y revenir). Je n'ai personnellement pas les jambes pour entraîner ce genre de chariottes sur plusieurs centaines de kilomètres. 

Nous avons l'impression d'avoir accompli un petit exploit qui pourtant ne nous donne pas la sensation de l'exceptionnel. On partait de rien il faut quand même le souligner et les pauses clopes n'aidant pas à tenir sur la durée. Je crois que je me pensais un peu plus faible que je ne le suis et que je voyais Sou aussi moins vigoureuse qu'elle n'est en réalité. Vexée de ne pas toujours pouvoir faire plus et encore plus, elle a su pourtant dépasser de grands moments de fatigue pour poursuivre les derniers mètres. Aux gens qui apprennent cette expérience, ils sont souvent impressionné. Ce n'est pourtant pas une performance mais bien une première et qui en plus, aurait pu être bien meilleure.


Les - de ce périple

En priorité : le transport. Il faut vraiment que la SNCF revoit sa copie et sa politique en matière vélo. On ne peut pas raisonner en partant du postulat qu'un vélo ça se plie et que ça ne s'accompagne d'aucun bagage et que donc, un rack à bétail fera l'affaire. Il faut penser à tous les voyageurs de par le monde qui viennent ou partent de France, avec ou sans vélo. Nous espérons vraiment un changement radical de leur position sans toutefois être convaincue d'une quelconque amélioration avant l'horizon 2050. C'est véritablement là le problème des entreprises qui ont le monopole trop longtemps : elles se croient à l'abri de tout, n'anticipent rien, gaspillent leur fric et surtout prennent les revendications des gens qui les font vivre pour de la foutaise. Et quand le monopole s'écroule comme un château de carte, étonnement la boîte coule peu à peu... comme c'est étrange. Il faut vivre avec son temps : sortez vous les doigts du cul et occupez vous de CHACUN de vos clients. On veut bien payer nous, on travaille pour ça. Mais, on veut aussi payer pour un service qui correspond à nos besoins et non pas aux besoins que vous avez imaginé.

Ceci étant dit, un autre moins : Un itinéraire peut-être étudié un peu rapidement. Le col n'était pas prévu et d'autres bêtises auraient pu être évitées. Nous allons revoir ce point à la prochaine sortie. Nous ne recherchons même plus les pauvres pistes que la France offre vu l'état souvent déplorable dans lequel étaient celles qu'on aurait pu emprunter (hors des villes).
Des difficultés de couchage sont également à souligner. Sur la fin, il devenait difficile de monter les buttes pour se camouffler à notre guise. Les camping que je vomis à l'origine nous ont pourtant sauvé la mise sur la fin du voyage. Il faut dire qu'en septembre - donc hors saison - c'est quasiment désert et donc moins irritant. Nous reverrons aussi ce point capital puisque le sommeil est primordial pour attaquer les journées en forme. C'est le matin qu'on en fait le plus, qu'on est le plus en forme et qu'on peut s'avancer ; inutile de démarrer la tête vissée dans son cul à cause d'une nuit agitée.
Le poids... Il faut bien que je me confesse. Nous avons légèrement abusé. La remorque capable d'accueillir 45 kgs de charge utile accueillait en fait et de façon journalière 52.4 kgs sans compter le jerrican de 10 kgs supplémentaire qu'on ajoutait en fin de journée sur le porte-bagage de Sou. Quant à moi, avec Ficelle, son panier et les bagages latéraux j'étais quasiment à 30 kgs. Honnêtement, si c'est équilibré, ça ne pose vraiment pas un souci pour moi. Mais la remorque bon... en même temps le côté pratique c'est que l'ensemble de son vélo était libre. Nous allons reparler de cela afin de voir si nous gardons la remorque pour de très court voyage et qu'elle préfèrera peut-être des bagages latéraux pour plus de kilomètres.
En parlant de voyage, nous avons décidé aussi qu'un prochain périple sera plus court. D'abord en temps, nous pensons partir moins de jours. Pas que nous n'aimons pas partir dans le temps mais étant donné le matériel à démonter et remonter, sur de nombreux jours c'est assez usant. Ou alors on peut garder une dizaine de jours mais voyager beaucoup plus simplement et beaucoup de confort viendrait alors à manquer. Mais aussi nous pensons raccourcir les heures de pédalage. Nous suivions physiquement mais impossible de prendre le temps pour des visites qui nous faisaient envie. Nous allons rebrasser tout cela et réappréhender le problème afin de ne pas subir la lassitude des contraintes quotidiennes et de se garder quelques heures de plaisir dans une ville qui nous plaît.
Enfin, un point qui me paraît assez essentiel puisque je le rencontre déjà de part mon métier. En poids lourds, il est vite usant d'être brassé (même sur des suspensions) parce que la route est remplie de crevasses, que le goudron est informe, que la ville ne trouve rien de mieux à faire que de combler les vides par des gravillons casse gueule etc. Le tapis ça compte vraiment beaucoup. Pour gagner du temps d'abord, pour la sécurité : une route lisse est une route plus certaine mais aussi pour une question de confort. Les professionnels de la route savent que les heures passent péniblement sur des routes non entretenues. Je vous laisse imaginer à vélo... le temps que nous avons pu perdre sur des routes à moitié goudronnées de cailloux et le temps gagné sur de belles routes lisses et refaites dans les délais. Une vraie différence. Les bonnes routes soulagent notre fatigue et nous font faire de précieux kilomètres sans forcer. Alors, même quand la ville offre une voie de vélo en parallèle (qu'elle n'entretient pas évidemment), nous préférons emprunter la route qui nous ralenti nettement moins et qui ne bousille pas nos reins et nos pneus.
Les régions et les départements ont des budgets de plus en plus serrés malheureusement... difficile d'être partout je suppose mais les routes de France doivent être dans les priorités nationales pour des raisons évidentes de sécurité et de gain de temps. Une voiture, un camion qui avance vite (autant que le Code le lui permet) est un véhicule qui pollue moins dans la durée.


Le matériel :

Aucun désagrément de taille n'a été à déplorer. Pas une seule crevaison (ni vélos, ni remorque), pas de vis perdues en route, de guidon branlant ou autres choses capitales.
Trois petits points sinon : un gant de perdu... et une grip de mon guidon qu'il me fallait sans cesse resserrer, des grips que j'adore pourtant (problème résolu aujourd'hui). Par la suite, le redresseur de mon guidon a cédé sous le poids de Ficelle et de son panier.
Bref, nous nous sommes encombré d'un sac à outils pour rien mais bon... comment savoir par avance.

Prendre du bon - voire très bon - matériel est une forme d'anticipation au bon déroulement de l'activité. Mais on ne peut pas toujours éviter une crevaison ou une chute qui abîmerait le matériel. Aucune casse n'est donc à signaler et nous tenons à vous informer que globalement, le matériel sélectionné est bien du très bon matériel. Petite revue rapido :
- un écarteur fabrication maison plutôt efficace. Nous regrettons nullement nos équipements fluo et autres drapeaux qui sont vraiment une aide à l'anticipation pour les conducteurs les plus farfelus. J'ai presque envie de dire que c'est impensable de partir si longtemps sans en faire usage.
- Vélos et remorque d'excellente qualité sur la durée.
- Tous mes bagages individuels ont été parfaits et très utiles. La moindre place a été utilisée. Le panier de Ficelle est apparemment hyper confortable car Ficelle y a fait de longues siestes sans se tourner comme un asticot par manque de place.
- Niveau couchage : que du bon ou presque ! Tente au top, duvet et draps bien chauds, oreillers convenables. Un petit hic... Mon matelas Thermarest. J'ai bien peur qu'il ne convienne pas à mon dos sur la durée, je dois réétudier ce problème épineux car là, c'est un point important. J'y ai mis le prix pourtant, il est pratique et tout mais... peut-être n'est-ce pas le produit qui correspond à mes attentes physiques. 
- Côté cuisine, super ! Café bien bon, réchaud impeccable ; l'ensemble du matériel était bien adapté à nos besoins.
- Entretien difficile à tester puisque rien n'a nécessité que je sorte un outil... dommage...
- Pour les à côté tel que les talkies walkies, j'en suis personnellement satisfaite. Un oubli de les recharger à l'hôtel nous a contraintes à nous en passer pour la fin du périple. En ce qui concerne la béquille, nous avons pu poser nos vélos vraiment partout et ça c'est vraiment du luxe. Comme dit précédemment, mon redresseur de guidon a cédé sous le poids de l'ensemble du guidon, il me faudra acheter un redresseur plus costaud car ensuite mon guidon tournait dans le vide. 
Ma selle (car Sou a gardé celle d'origine) était très confortable et l'ensemble de nos accessoires guidons a été très utile.
Deux ans pour réunir ce matériel mais peu de regret finalement sur l'ensemble des achats. Une belle surprise donc car la difficulté de certaines journées aurait pu être entachées de galères supplémentaires dûes à du matériel défectueux. Nous sommes plutôt contentes de nos équipements mais allons donc revisités certains et en acquérir de nouveau pour être toujours au top niveau!


LES ESSENTIELS

  • J'avais lu un conseil dont nous avons fait usage et que je vous donne à mon tour : mangez et buvez avant d'avoir faim et/ou soif. Arrêtez vous souvent, mangez en petite quantité. On tient vraiment bien la route en suivant ces quelques bases. Le corps est le seul moteur de votre avancement, négliger ses besoins réduira considérablement votre énergie.

  • Avant notre départ, nous avons constaté dans beaucoups de récits de cyclotouristes que l'un de leur problème principal était la béquille de leur vélo. Ils en cassaient visiblement beaucoup, ne savaient pas quel modèle choisir ou étaient las de chercher une solution. En ce qui nous concerne, celle que nous avons monté sur nos vélo s'est révélé à la hauteur : solide, pratique et capable d'adhérer sur de nombreux terrains même très en pente. Un soulagement véritable de pouvoir se poser partout sans craindre le mauvais coup de vent. Un accessoire à avoir coûte que coûte.